• Le Mont Blanc des Dames

    Le Mont-Blanc des Dames

    11 Août 2019

    Haute-Savoie

     

    Le Buet, voilà bien longtemps que j’admire cette montagne mythique. Du haut de ces presque 3100m d’altitude, ce dôme minéral et allongé domine la vallée du Giffre. Depuis mes plus jeunes jours, mes yeux se posaient presque quotidiennement sur cette imposante silhouette. Une ascension probablement extraordinaire, et pourtant je n’avais encore jamais eu l’occasion d’y aller.

    Le Buet

    Image du Buet prise en hiver

     

    C’est à l’occasion d’une sortie organisée par la communauté de Sylvain, créateur de « Mon petit réflex », que le projet va pouvoir se réaliser.

    « Mon petit Réflex » c’est une chaine YouTube extra, qui m’a beaucoup appris sur la photo. Des news, des techniques, des escapades photographiques, Sylvain nous distille son savoir qu’il a acquis en autodidacte. C’est tout simple, sans prise de tête, mais redoutable d’efficacité. Tout au long de son parcourt, il a su fédérer une belle communauté de fidèles, et même un groupe un peu plus fermé où on se connait mieux. Nous avons régulièrement la possibilité de se retrouver dans des « live » sur internet qui se terminent souvent en franche rigolade. Mais surtout à l’initiative de certains, des rencontres entre membres s’organisent aux quatre coins de la France. C’est justement à l’occasion d’une de ces sorties qu’est organisée l’ascension du Mont Blanc des Dames, tel qu’il se fait aussi appelé.

    Je vous encourage à suivre le travail de Sylvain : Chaine 'Mon Petit Reflex'

    Le rendez-vous est fixé au petit village Le Buet, non loin de Vallorcine, au fond de la vallée de Chamonix. Je fais connaissance avec mes compagnons de rando, dans une bonne ambiance. Le plan de cette balade est le suivant : Nous montons dans l’après-midi au refuge de la Pierre à Berard pour y passer la nuit et le lendemain nous faisons l’ascension du Buet. Au sommet de ce dernier, nous ferons un bivouac pour admirer le coucher et le lever du soleil. Puis de retour du paradis, nous réintégrerons la civilisation et rejoindrons le parking. En espérant que le temps soit avec nous car quelques pluies sont tout de même annoncées durant la première nuit !

     Mais en attendant, la chaleur est écrasante, nous hissons les sacs bien lourds comme à l’accoutumée, sur le dos et débutons notre aventure.

    Le Buet, jadis appelé « la Mortine », culminant à 3096m, est le plus haut sommet de la réserve de Sixt-Passy. Au carrefour de la vallée du Giffre, des montagnes d’Anterne, des Fonts, de l’autre côté les contreforts des aiguilles Rouges, au loin la région d’Emosson. Le sommet s’impose de loin dans la vallée, il est incontournable dans le décor.

    En 1770, la cime est vaincue par les frères Deluc qui firent l’ascension par la vallée de Sixt. Leur but étant à l’époque de réaliser un tas d’expériences scientifiques, comme bien souvent pour les premières des hauts sommets.

    Un an plus tard, c’est Marc Théodore Bourrit qui atteint le sommet, par le vallon de Bérard. Ce sont ses traces que nous suivrons.

    Mais pourquoi l’appelle-t-on « Le Mont Blanc des Dames ». Et bien la légende raconte qu’en 1786 à la suite de la première du Mont Blanc par le Docteur Paccard et Jacques Balmat, trois anglaises atteignent quelques jours plus tard, le sommet du Buet et signent ainsi sa première ascension féminine. Il aurait ainsi été affublé de ce surnom.

    Je préfère cette histoire à celle un peu misogyne qui laisse à la gente féminie, les honneurs limités à cet estimable mais néanmoins modeste sommet, au regard du prestige relatif au toit de l’Europe réservé à ces messieurs.

    Mais trêve d’histoire, revenons sur le sentier qui s’élève rapidement dans une forêt de mélèzes et d’épicéas. Au fil du chemin, nous faisons plus ample connaissance. Mes acolytes viennent d’un peu partout, Nord-Est de la France, région lyonnaise, Paris et aussi PACA. Des horizons artistiques tout aussi variés.

    Première halte à la cascade de Bérard sur le torrent de l’Eau de Bérard. Très aménagée mais la chute d’eau est impressionnante.

    Cascade de Bérard

     

     

    La fraicheur de cette dernière, fait du bien car en ce mois d’août, la chaleur est bien présente. Nous reprenons notre chemin.
    Par bonheur, dans sa première partie le sentier évolue dans une forêt de mélèzes qui nous diffuse un agréable parfum et nous protège quelque peu des rayons ardents du soleil.

    le vallon de Bérard



    La pente s’assouplie et nous ne tardons pas à sortir de la forêt pour traverser le vallon de Bérard. Une vallée encadrée par la fin du massif des aiguilles Rouges et le mont Oreb de l’autre côté, le décor est somptueux, je n’étais encore jamais venu fouler la terre de cette contrée.

    le vallon de Bérard

     

     

    Nous suivons tranquillement le sentier qui s’enfonce dans le vallon. Au détour d’un virage, un vieux mâle bouquetin nous surveille d’un promontoire rocheux. Nous en voyons assez souvent dans ces massifs, mais c’est toujours un plaisir d’apercevoir cet animal emblématique des montagnes.

    Nous arrivons au refuge en fin d’après-midi. Et comme annoncé, le ciel se pare de voiles nuageux. Cela peut être inquiétant pour le lendemain, mais très intéressant pour quelques clichés en soirée.

    Refuge de Pierre à Bérard

    Refuge de Pierre à Bérard

     

    La soirée se passe. Dans le refuge l’ambiance est très conviviale et les discussions s’enflamment sur un foisonnement de sujets. On gardera un super souvenir des gardiens du refuge, très sympathiques et bienveillants.
    Nous rejoignons tranquillement nos couchages dans la salle à l’étage, toutes les étroites couchettes sont alignées. On est bien dans l’ambiance rustique des refuges de montagne.

    On avait prévu de faire le lever du soleil, pour autant que la météo le permette. Mais là, comme les prévisions l’avaient annoncé, c’est plié. Nuage bas et pluie fine au menu, pour le moment nous ne sommes même pas sûr de pouvoir monter au sommet. Cependant, si on s’en remet strictement aux prévisions, et parfois il faut bien se rattacher à quelque chose, la nébulosité devrait cesser en matinée. Nous déjeunons tranquillement dans la salle à manger tout en bois et baignée par les histoires de montagne. L’avis des gardiens nous rassurent également, ils sont aussi optimistes sur l’amélioration qui ne peut qu’arriver.

    Vers 9h30 la pluie cesse et nous prenons la décision d’y aller. Un membre de l’équipe déclare malheureusement forfait. L’engagement physique est au-dessus de ses moyens.

    L’ambiance est austère, mais pourtant dans mon esprit, je sais que ce genre d’atmosphère peut réserver des surprises artistiques impressionnantes. Et cela m’excite quelque part, mais c’est quitte ou double.

    Refuge de Pierre à Bérard

    Refuge de Pierre à Bérard

     

    Le sentier prend vite de la hauteur. Le refuge apparait déjà petit en contre-bas. On prend notre rythme, le groupe est assez homogène. Pour le moment, la météo tient et nous sommes optimistes.

    Arrivés sur un replat, nous nous accordons un petit break. Et c’est l’occasion pour chacun de laisser parler ses émotions. Appareil en main, aucune scène ne nous échappe. Pour ma part, je me focalise sur les petites fleurs qui à 2200m d’altitude, sont très rases et habituées à un climat rude et contraignant. L’environnement est très rocailleux et presque dépourvu d’arbre et arbuste. Cette flore est particulière et ne m’est pas très familière. J’ai plus l’habitude de rencontrer des espèces de moyenne montagne ou la végétation est très présente. Ici c’est une ambiance totalement différente. On est déjà dans l’étage alpin, au-delà de 2000m.

    Renoncule des glaciers

     

    Fleur

     

    Nous poursuivons notre montée. Parfois, le sentier se perd dans un dédale rocheux où les pas doivent être précis et la technique de varappe n’est pas inutile. Un peu plus haut non loin du col de Salenton, une jeune étagne se demande encore que viennent faire cette bande de rigolos avec leurs sacs démesurés. La brume lacère les pentes minérales, nous ne nous décourageons pas et marchons vers notre objectif.

    Nous contournons un rognon et partons sur un dévers de pierre, suivi d’un névé peu pentu, mais où chaque pas doit être assuré. Une expérience nouvelle et pas forcément évidente pour certains de mes compagnons peu familiers à ce type de randonnée.

    Névé

     

    Un peu plus haut nous atteignons, un replat qui surplombe la Table au Chantre, un plateau de rocher. J’appelle le petit col qui nous accueille, « la salle à manger » appellation totalement personnelle mais qui tombe bien puisque c’est l’heure de casser la croute.

    Le vent est bien présent et les rasons enveloppent les pentes. Ce terme purement haut-savoyard définit des nuages proches du brouillard qui se fait balayer le long des pentes et apporte une ambiance presque lugubre.

    Brume et montagne

     

    Le temps ne se détériore pas, mais ne s’améliore pas non plus. Je deviens assez sceptique quant au coucher de soleil sur le Mont Blanc qu’on espère encore.

    Plus nous montons, plus le brouillard nous agresse. Il s’infiltre partout, coule sur nos vêtements, aidé par un vent digne d’une ambiance de haute montagne. Je revois encore la vidéo de Sylvain (voir en fin d’article) qui fait un joli clin d’œil à ce moment précis. Après coup, on en rigole et on se remémore cela de manière amusée, mais sur le moment, on ne faisait pas les fiers.

    Nous passons à côté d’un petit abri, l’abri de Pictet à 3000m d’altitude. Il représente le plan B, si vraiment le bivouac s’avère impossible. Mais pour le moment, on reste optimiste et on garde le moral.

    Nous sommes désormais, sur l’arrête de la Mortine, tel que l’on nommait le Buet autrefois. Je n’ai pas souvent l’occasion de fouler le sol de ces altitudes aériennes qui s’élèvent au-dessus de la plupart des randonnées habituelles.

    Nous passons devant des petits murets de pierres probablement aménagés là par d’autres randonneurs qui ont peut-être connu les mêmes conditions. Mais notre organisateur nous propose de monter au sommet du Buet afin de voir si l’endroit est éligible pour un bivouac. Cependant, le brouillard nous empêche de vraiment voir si nous sommes vraiment au sommet et surtout le vent est violent et ne permet en aucun cas d’installer les tentes. La décision est vite prise et nous rejoignons un peu plus bas nos petits murets avec qui nous allons très bien nous entendre.

    C’est à ce moment-ci que je ne regrette pas d’avoir investi assez cher dans ma tente qui ne bronche pas dans ces conditions. Montage facile et une aptitude sans faille contre les assauts du vent. Mes comparses possédant des tentes plus modestes, je leur propose qu’ils montent la leur dans l’enceinte du muret, qui malheureusement n’est pas suffisamment grande pour accueillir trois tentes. 

    Le temps est vraiment bouché et je n’ai qu’une envie, m’allonger dans mon duvet pour récupérer de cette montée harassante. Mon compagnon de tente adhère totalement à l’idée. Il vient de l’Oise et connait peu la montagne. Plus habitué au studio, au cosplay et aux mises en scène qu’il sublime parfaitement, qu’à la montagne et la randonnée, et quelle randonnée ! Le Buet comme initiation c’est osé !  

    Et je ne tarde pas à m’assoupir, si bien que j’émerge 2 heures plus tard. La météo n’a pas bougé d’un iota. Je fais chauffer de l’eau pour mon bol de pâte. Manger chaud, c’est la clé pour passer une bonne nuit. Je me rappelle mon premier bivouac où j’avais eu droit à la sanction du débutant arrogant qui cumule les erreurs. Mauvais sac de couchage, matelas anecdotique, aucune technique pour garder la chaleur, et surtout… je n’avais manger qu’une salade froide. Nous étions à cette occasion à 2500m, début Août, mais dans ces endroits le froid est souvent présent durant la nuit, même en été !

    J’en ai tiré de nombreuses leçons et je suis plus familier avec le bivouac en montagne même à des températures en dessous de 0.

    Donc, la soirée se passe discrètement, et l’ambiance maussade dicte l’activité du soir. Mais avant cela, on se met d’accord sur l’heure de réveil. En tant que bon amateur de paysage et plus particulièrement en heure bleue, l’heure qui précède le lever du soleil, chacun ou presque connait précisément l’heure du lever de soleil. Donc le rendez-vous est fixé vers 5 h 15.

    On rejoint le sac de couchage telles des marmottes à l’automne. Pour demain on y croit, ce sera grandiose.

    Le réveil sonne, cinq heures et quart. Je m’avance impatient et inquiet, vers la fermeture éclair de la porte de la tente. J’espère que le temps saura nous récompenser. L’horizon bleu se dévoile sous mes yeux encore un peu embrumés. Un frisson me remonte le dos en même temps que j’entends l’enthousiasme de mes voisins qui découvrent aussi le panorama fascinant.

    Aiguille verte et les Drus

     

    Nous prenons notre matériel et nous montant au sommet du Buet, à quelques minutes de nos tentes.

    La scène est fantastique. Le Buet c’est un dôme minéral, un environnement lunaire. Même en Août, les grands névés sont encore bien présents, ils persisteront jusqu’aux nouvelles neiges. En face de nous, s’élève la majestueuse chaîne du Mont Blanc, de l’Aiguille d’Argentière jusqu’aux Dômes de Miage. Les lumières rose-bleutées de ce moment sont uniques. Je les adore.

    Mont Blanc


     

    Et soudain l’astre apparait, il chevauche les cimes d’Argentière, baigne tous les sommets aux alentours. Sur notre droite, ce sont les montagnes d’Emosson, de la pointe de la Terrasse au Cheval Blanc, au loin le Tenneverge qui surplombe le sublime cirque du Fer-à-Cheval. Les lacs d’Emosson qui résident en Suisse, sont très connus, notamment le lac du vieux Emosson qui héberge un site paléontologique, avec des traces de reptile datant de 240 millions d’années.

    Emosson

     



    Le Buet étant le plus haut sommet de la Haute-Savoie, en dehors du massif du Mont Blanc, nous avons droit à un panorama à 360 degrés. De l’autre côté, s’étend la chaîne des Rochers de Fiz. Je vous ai déjà souvent parlé de cette belle chaîne de montagne qui domine le lac d’Anterne, celui de Pormenaz et sur l’autre versant, le vallon de Sales.

    Dans cette scène, l’ombre du Buet planait sur les Fiz et les autres montagnes. Ephémère moment qui donne une ambiance particulière.

    Les Rochers de Fiz

     



    Nous profitons tous, de ces instants magiques, ne savant plus où regarder tellement tout est beau.
    Le soleil prend de la hauteur et les lumières se durcissent. Par conséquent, nous rejoignons nos maisons d’un jour.

    Le bivouac

     

    Quoi de mieux qu’un p’tit dèj. À 3000m face à ce spectacle ! Nous sommes euphoriques. Les souvenirs se construisent et s’empilent, gravés pour toujours.

    Cirque des Fonts et Rochers de Fiz



    Mais les minutes passent, il nous faut remballer nos tentes et quitter cet endroit fabuleux.
    L’esprit serein, nous descendons le sentier caillouteux en assurant nos pas. Les montagnes sont belles, je ne peux m’empêcher de capturer ces instants.

    Aiguille Verte et Argentière



    La veille, ce même sentier nous paraissait interminable, le brouillard nous enveloppait et nous n’avions aucune idée du paysage. Ce matin, c’est complétement différent. Les montagnes aux alentours transforment ce sentier sillonnant les rochers et les falaises en décor de rêve au cœur des Alpes.

    Un peu plus bas, le chemin devient plus tranquille. C’est une nouvelle occasion de sortir l’appareil. Pour ma part je profite de quelques fleurs de montagne. Ce sont des campanules qui captent mon attention.

    Campanule


     
      

    On rejoint notre lieu de pic-nic de la veille et encore une fois, L’ambiance est totalement différente. Un panorama grandiose. Malgré cela, hier les photos à cet endroit, étaient puissantes et baignées d’une atmosphère austère mais pleines de caractères. Et j’ai toujours plus d’attirance pour ce type d’ambiance.

    Mont Blanc

     

     

    Après s’être restauré, nous continuons notre descente. Et le refuge est en vue.

    Nous voilà revenus à notre première étape où nous retrouvons notre amie restée en bas.
    Le temps de se désaltérer et nous descendons le vallon. La chaleur du fond de vallée nous enveloppe à nouveau et change bien l’ambiance déjà alourdie par le dénivelé consommé.

    le vallon de Bérard

     

     

    La cascade de Bérard nous redonne un peu de fraicheur, l’arrivée est proche. Encore quelques lacets sous l’ombre des épicéas puis la route est retrouvée.
    Un regard derrière nous sur cette randonnée mémorable, j’en garderai un souvenir extraordinaire partagé avec un groupe génial.

    Le torrent de Bérard

    Le village du Buet

     

    Pour vous immerger encore plus dans l’ambiance de cette aventure, envolez-vous vers le sommet avec le quart d’heure photo de Sylvain : 

       ->  Récit de l'aventure en vidéo 

     

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